Finance climat, opportunité pour l'habitat social

Nous sommes en pleine année "climatique". Les évènements, publications, projets se multiplient à l'approche de la grande conférence de fin novembre 2015 à Paris (COP21). Chacun se positionne car les enjeux sont considérables. L'objectif est de révolutionner l'économie mondiale pour passer en mode "bas carbone". Dans cette perspective, de nombreux outils de financement de la transition se créent, se métamorphose (ou se déguisent).

Pour les acteurs de l'habitat social, qui - surtout dans les pays en développement - peinent à trouver un modèle économique fiable et pérenne, la finance climat est une véritable opportunité pour plusieurs raisons.

L'habitat est un des principaux défis du changement climatique.

Fortement émetteur de GES pour la construction (production des matériaux, transport, mise en oeuvre) et pour l'utilisation (chauffage, climatisation), l'habitat est un des principaux responsables du changement climatique. Mais il est également la principale victime des phénomènes météorologiques extrêmes : des maisons qui disparaissent dans des glissements de terrain, des habitations inondées, des millions de sahéliens qui n'ont plus accès au bois de charpente à cause (notamment) de la sécheresse.

Pour la seule Afrique subsaharienne, 200 millions de personnes seront en demande d'accès à un logement adapté d'ici 2030.

L'habitat social, une question de "contrat social"

L'habitat dit "social" peut se définir par un habitat qui permet d'abord aux populations à faibles ressources d'accéder à un logement, bien souvent par des mécanismes de solidarité organisés par l'état.

Tel est le cas dans un pays développé comme la France, où le lien entre habitat et pauvreté est dans tous les esprits (l'image de la pauvreté est bien souvent apparentée à celle du "SDF" Sans Domicile Fixe).

En France, la solidarité est très formalisée : plus de 4,5 millions de logements sont dits "sociaux", soient 20% du parc bâti, et sont accessibles sur présentation de "pate blanche" (il faut monter des dossiers et autres paperasses pour y accéder, et pour éviter la création de guettos ce parc "social" est aussi accessibles à des ménages à revenus moins modestes).

Dans un pays largement informel comme le Burkina Faso, l'accès à l'habitat se fait majoritairement (disons à 80%) par auto-construction dans une logique de partage et de solidarité au moins familiale car en zone de petite urbanité/rurale. L'objectif d'habitat est donc intégré dans la société, l'habitat est intrinsèquement "social". Dans les villages africains les plus éloignés des réseaux citadins, que l'on pourrait qualifier de "très pauvres" suivant certains indicateurs de richesse, chacun dispose d'un toit sur sa tête (même si la qualité est de plus en plus déplorable).

L'habitat dit "social" ne peut donc avoir la même définition dans un pays développé très formalisé ou dans un pays en développement où le contrat social reste encore fortement lié à la famille.

Habitat et "développement"

Le défi du "développement" est de sortir des millions de personnes de la "pauvreté". Parmi les indicateurs de pauvreté, il y a les droits humains dont le logement.

Sous couvert de répondre au besoin de l'exode rural, les pays devenus "développés" sont passés par de grands programmes de logements sociaux urbains pour sortir les pauvres ruraux de leur "misérables cahutes" en les parquant dans des immeubles en béton - formidables passoires thermiques - qu'ils ne peuvent généralement pas se payer, et qui ont certes le mérite d'avoir logé les classes laborieuses, mais en démolissant à marche forcée la cohésion sociale qui signifiait encore quelque chose par exemple en Europe après-guerre.

Or c'est le même chemin que sont en train de prendre la plupart des pays actuellement en développement, non par envie bien entendu, mais par manque de capacités d'abord techniques puis financières. L'idée n'est pas de trouver PLUS d'argent mais de BIEN le dépenser (idée poussée par exemple par l'économiste Esther Duflo).

Comment faire ?

Les décideurs politiques du logement social des pays en développement pourraient, avec l'aide des professionnels locaux de leurs territoires et d'ailleurs, commencer par dessiner des projets politiques centrés sur la préoccupation principale de leurs administrés : l'habitat, et intégrant dès le départ la donnée environnementale. Cela n'est pas une contrainte mais bien une opportunité de voir des projets concrets être financés demain (finance climat) et offrir à long terme les meilleurs rendements économiques, mais aussi sociaux.

C'est tout l'intérêt d'un réseau comme le Réseau Habitat & Francophonie ou Villes en Développement que de justement permettre aux acteurs de l'habitat social de réfléchir ensemble à ces questions, de mobiliser des ressources humaines, expertises et compétences, pour trouver ensemble un chemin plus adaptés visant l'accès du plus grand nombre à un logement adapté.

Habitat social & défi climatique en discussion à Rabat au dernier forum RHF à Rabat

Lors de la dernière rencontre annuelle de ce réseau Habitat et Francophonie à Rabat fin avril 2015, le sujet de discussion était les liens entre changement climatique et habitat social, tant en termes d’adaptation que d’atténuation.

RHF a fait appel à BOPS pour intervenir sur deux questions stratégiques liant habitat et changement climatique :

- le défi technique en Afrique sahélienne, avec la présentation de la solution technique VN et de ses applications pour le logement social.

- le défi financier, avec la présentation d’un panorama de la finance climatique et de ses applications pour l’habitat

Habitat social, un besoin de financement à long terme

La particularité du financement de l'habitat social "formel" est le besoin de financements à long terme : construire un logement social ou un logement de standing a souvent le même coût, par contre les capacités de paiement des usagers ne sont pas les mêmes.

Les pays "développés", en particulier en France, disposent de mécanismes de financement formalisés qui permettent de faire du logement social de haute qualité, souvent exemplaire en matière environnementale. On utilise donc du financement classique pour faire du climatique. Notons en passant que l'on voit de nombreuses innovations sortir des Offices HLM, peut être parce que l'implication citoyenne signifie quelque chose dans ces grands ensembles et que donc l'innovation "par la base citoyenne" réussit mieux qu'ailleurs parce que conçue par les bénéficiaires ?

Dans les pays en développement moins institutionnalisés, de tels financements sont complexes à mobiliser. Ainsi, les projets dits "sociaux" se concentrent généralement sur les salariés qui font partie des 10% les plus riches de pays où 90% de la population vit dans l'informalité (pas de "salaire").

Un Habitat Ecologique, c'est plus cher ou moins cher ?

Un logement de basse qualité polluant n'est pas réellement moins cher qu'un logement écologique : ses coûts (matériaux et énergie fossile) sont largement subventionnés, son usage est couteux (chauffage/clim), sa durée de vie plus faible, et ses effets sur le changement climatique très fortement couteux. La question est donc celle de l'investissement de départ, et c'est pourquoi la finance "climatique" prend tout son sens dans le financement du logement social écologique : l'habitat social nécessite un investissement à long terme, et la lutte contre le changement climatique aussi.

Faire financer l'habitat social par les fonds climat ?

Les acteurs du financement "climatique" et ceux du logement social pourraient/devraient se rapprocher car leurs objectifs sont convergents : construire des logements sociaux bas-carbone de qualité en grand nombre, est une des meilleures solutions d'atténuation/adaptation du changement climatique.

La Finance climat est encore balbutiante et sa définition fait débat. Elle est estimée dans le monde à environ 600 milliards de $ à majorité privée, et les fonds publics ne sont bien souvent pas additionnels mais un réétiquetage de fonds d'aide au développement. Mais toujours est-il qu'il y a un élan majeur dans le sens du financement de projet à vocation climat (Fonds Vert, Fonds bilatéraux, multilatéraux, privés, Result-based Funding). Pour les acteurs du logement social il s'agit d'une opportunité à saisir pour non seulement financer plus de logements sociaux, mais sans doute pour repenser plus globalement leurs approches.

Par exemple, on peut penser qu'une approche long-termiste telle qu'incitée par les financements climats poussera les acteurs à bien réfléchir tout projet en intégrant les effets et impacts au delà du simple "toit sur la tête". On pourrait ainsi éviter de répéter les erreurs commises dans les pays occidentaux où les faiblesses d'aménagement des territoires plombent la cohésion sociale.

Affaire à suivre.

Liens :

AVN - Association la Voûte Nubienne : http://www.lavoutenubienne.org

RHF - le Réseau Habitat & Francophonie regroupe les acteurs de l’habitat social francophones, qu’il s’agisse de sociétés HLM ou plus récemment d’opérateurs et consultants francophones du secteur - http://www.habitatfrancophonie.org/

Villes et développement rassemble des professionnels de la planification et de la gestion urbaines travaillant dans les pays émergents et en développement. Elle réunit des urbanistes, des ingénieurs, des architectes, des économistes, des géographes, des sociologues... qui exercent leurs activités de manière indépendante ou ou dans le cadre de services publics et de bureaux d'études, menant une carrière entièrement ou alternativement internationale - http://www.ville-developpement.org/

L'AFD - Agence Française de Développement travaille et a mobilisé plusieurs partenaires dans le groupe "housing" du Making Finance Work For Africa avec LafargeHolcim

Egalement à voir : Affordable Housing Hub

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